Affichage des articles dont le libellé est Sénégal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sénégal. Afficher tous les articles

mardi 1 avril 2008

Contexte

: Sénégal
Quand : du 12 au 21 avril 2008
Avec qui : Mademoiselle

Etapes :
- Dakar
- Toubacouta
- Oussouye

DAKAR

A peine arrivé à Dakar, déjà un malentendu. Au moment de remplir les formulaires d’entrée, un couple à qui j’emprunte un stylo me demande des infos sur les trucs à remplir, car visiblement, j’ai « l’habitude ». Ah le délit de faciès ! Parce que je suis jeune et pas rasé, je suis forcément un baroudeur ? Comme je ne me vois pas du tout en aventurier, ça m’a fait très bizarre d’entendre ça…
Mademoiselle m’attend en compagnie de la frangine de sa boss (pour qui je ramène quelque chose). Négociations ardues pour le taxi du retour. Tout un style. Avec ses argumentations (la clim’ !), ses pauses (pendant quelques secondes, plus personne ne parle ni ne bouge), ses hésitations, ses faux-départs… Finalement, on en trouve un pourri qui fait très bien l’affaire et inaugure la longue série des bagnoles au pare-brise cassés (sur toutes celles qu’on a prises pendant le voyage, une seule l’avait intact).
Sur le chemin, on croise un peu partout des signes de l’OCI (Organisation de la conférence islamique) qui s’est réuni le mois précédent. Des panneaux et des banderoles de bienvenue en arabe sur la route, dans l’aéroport et les hôtels. Pourtant le sommet n’a duré que deux jours. Mais ça a l’air d’avoir mobilisé pas mal d’énergie…
Après un rapide crochet par l’hôtel, c’est l’heure de la petite balade sur la corniche au soleil couchant. Quartier plutôt aisé. La jeunesse locale qui s’ennuie fait des allers-retours en scooter et les parents promènent leur 4x4 tout propre. Pas mal de libanais qui prennent le soleil face à la mer. C’est vrai que le site est a son charme avec sa mer étonnamment limpide, ses petites falaises, ses îles au loin.
Première constatation : le ciel n’est pas bleu. Une légère brume, la chaleur, la poussière, la pollution peut être font qu’ici le ciel prend une teinte blanchâtre.
Le soir, on va manger dans un resto réputé pour sa musique live. C’est en plein air, le cadre est sympa. Sauf que la musique, évidemment commence tard, et que nous sommes plutôt des couche-tôt (surtout moi après le voyage). Donc, pas de musique mais un bon repas. Et des moustiques. Heureusement, mademoiselle est un anti-moustiques naturels : c’est elle qui se fait attaquer.

VERS LE SINE SALOUM

C’est parti pour la gare routière pompiers (pourquoi « pompiers » ?) où se trouvent tous les taxis-brousse du coin en partance pour n’importe où. On a le choix entre les breaks 7 places et les bus. De réputation, les 7-places sont plus rapides et plus confortables, nous optons donc pour cette solution. En quelques minutes, et malgré le bordel apparent (imaginons tout un cas de caisses plus ou moins en bon état entassées sur un terrain vague, entre lesquelles fourmille une foule de voyageurs et au moins autant de vendeurs à la sauvette), on en trouve un. Et on attend gentiment qu’il se remplisse (il ne part que quand il est plein).
On a beau avoir pris le plus confortable, c’est pas pour ça non plus que c’est la fête. Il fait chaud, on est serré, et dès qu’il y a une secousse un peu forte je me paye le toit. Mais le voyage se fait paisiblement. A certains endroits pourtant, la route est tellement détériorée, avec des nids de poules tous les deux mètres (« des nids d’éléphants ! » nous dit-on) que les chauffeurs préfèrent prendre la tangente sur des pistes parallèles. En fait, à ces endroits là, le goudron est plus une gêne qu’autre chose.
Ainsi, cahin-caha nous nous dirigeons vers la face sud du delta du Siné-Saloum, soit deux fleuves qui juste avant de se jeter dans la mer se mêlent en d’inextricables entrelacs d’îles et de mangroves. Justement, nous avons prévu de nous rendre dans un petit campement sur l’une de ces îles.
Heureusement il y a un gars dans le taxi-brousse qui (comme nous) va à Toubacouta et se charge de nous guider et trouver le bon carrefour où nous déposer. Et à partir de là nous marchons jusqu’à un petit village où la chance nous souri vu qu’il y a justement une pirogue qui part ravitailler le campement où nous sommes censés dormir. Une demi-heure de pirogue plus tard, nous arrivons dans un autre petit village d’où nous partons ensuite, et à pieds, vers le campement, accompagnés d’un des guides dudit camp. Et là, sur le chemin, grosse révélation, on peut mourir tranquille désormais, nous découvrons l’arbre qui fait les noix de cajou. Le fruit est très juteux mais un peu acide. J’aime pas trop. Par contre pour transformer tout ça en ce qu’on grignote en apéro, c’est toute une histoire…
Nous voici donc arrivé à Keur Bamboung (Keur = la maison de), c’est à dire un petit campement touristique de quelques cases au bord d’un bras de fleuve. C’est une zone protégée. Il y a peu de monde. On est un peu loin de tout. Notre case fait face au fleuve. C’est la classe.
Malgré un look « traditionnel », ça reste quand même un lieu touristique, généralement fréquenté par des français, et ce soir-là, pendant le repas, nos voisins de table finissent par parler de Sarko. Même ici. Jamais tranquille…

TROIS JOURS DANS LE SINE SALOUM

Réveil par les oiseaux. Le matin, c’est un festival de chants. Il fait beau, la nature respire la sérénité. Tout le monde est aimable. « Bonjour, ça va ? bien dormi ? ». Euh… A relativiser. Ici, tout le monde demande de tes nouvelles, plus par tic de langage que par réel souci de ta personne. Quand les sénégalais discutent entre eux, c’est important, il faut prendre des nouvelles de l’autre. Ca a l’air assez élaboré. Une conversation ne commence pas avant trois ou quatre échanges protocolaires de ce type. Et parfois on a l’impression qu’au milieu de la conversation ils reprennent le sujet. Enfin on imagine, on comprend pas le wolof. Toujours est-il qu’on prend vite le pli local.
Avec la marée basse, on va faire une balade à travers la mangrove accompagnés d’un guide. Très vite on patauge entre les palétuviers. Attention aux racines constellées d’huîtres, ça coupe. Curieux ce contraste entre parties humides et zones désertiques dès qu’on s’éloigne du fleuve. L’érosion a raviné et aplani, l’eau a bourré la terre de sel, rien de pousse plus désormais. A part là où d’anciens pécheurs habitaient jadis et avaient entassés des coquilles d’huîtres, les baobabs survivent (huître = calcaire = baobab). Au passage, on teste le fruit du baobab, le pain de singe. Une fois ouvert, a l’aspect d’une meringue. Tout sec. Malgré son aspect imposant, ces arbres semblent moins massifs, plus fragiles que prévu.
A la mi-journée, on ne fait rien du tout. On se trouve une chaise à l’ombre, face au fleuve, et on attend patiemment que la chaleur s’apaise. Quand il y a un peu de vent, ça va. Quand il n’y en a pas, on se réfugie dans la case. Le tout en grignotant, qui des mangues, qui des noix de cajou.
Une fois un peu de fraîcheur revenue, on tente une sortie pour aller se baigner. Mine de rien, il y a pas mal de courant. Et l’eau est très salée (la mer n’est pas loin, et on sent l’effet des marées). N’empêche, c’est très agréable.

Le lendemain matin c’est canoë sur le fleuve. La proximité de l’eau fait que le soleil tape moins fort. Un peu comme la veille, nous nous enfonçons dans le labyrinthe de mangroves, à l’affût des hérons, pélicans et autres bestioles à plumes. Parfois la marée oblige à laisser les canoës et on continue un peu à pied. Eternel plaisir du canoë quelle que soit la latitude : asperger les autres à grands coups de pagaies.
Pour la baignade du jour, on se lance un défi, remonter le fleuve. C’était sans compter le courant (oui, on n’est pas con, on fait l’aller dans le sens le plus dur…). Trois quarts d’heure pour l’aller. Dix minutes pour le retour, et encore, sans forcer, il y a juste à faire la planche et se laisser porter, en faisant attention de temps en temps à ne pas trop foncer sur les palétuviers. Vu de la berge, le trajet n’est pas extraordinaire… 500 mètres ?
Aujourd’hui je fais un accroc à mes principes gastronomiques. Je mange des huîtres. Ici, la mode est de les faire sécher au soleil puis bouillir. C’est pas terrible mais quand on a faim… Et vu qu’on est assez isolé et que le prochain resto est à une heure de trajet, on fait avec ce qu’on a.
Un truc marrant à noter. Pour nous interpeller, les sénégalais s’adressent à moi. Pas à mademoiselle alors que c’est elle qui la plupart du temps discute ou négocie. Ca l’arrange elle car elle est pas emmerdée. Ca m’arrange moi car ça me donne l’impression que c’est moi le chef. Bref, tout le monde est content.

Pour le dernier jour ici, le matin c’est la rando à la lisière du fleuve, à la frontière entre la mangrove et la savane. Partout des oiseaux. Le guide a beau insister, répéter, répéter encore, les noms d’oiseaux, ça ne rentre pas. La marée est basse, sur le sable, plein de petits crabes violonistes se baladent et courent se planquer dès que nous approchons. Quelques singes se promènent, nous regardant de loin, avec suspicion. Quelques bruits bizarres de temps en temps dans les fourrés, le guide dit qu’il s’agit de phacochères. Des traces sur le sable : des hyènes, des chacals… Pendant ce temps, le guide nous parle des difficultés liées à l’augmentation des prix des matières premières (cf. les émeutes quelques jours avant).
L’heure avance, et en plein soleil, ça commence à chauffer. Retour au campement, et comme nous en avons pris l’habitude : sieste puis baignade. Cette fois ci, la marée tardant à remonter, nous en profitons pour traverser le fleuve. En fait c’est facile, il y a pas mal de bancs de sable et dès que le niveau de l’eau baisse, on a pied presque partout. Par contre, le courant est toujours aussi fort.
Le soir venu, balade jusqu’au village où nous étions arrivés en pirogue. On prend le chemin des écoliers, l’occasion, là encore, de voir quelques singes au loin se faufilant dans la mangrove et quelques oiseaux chanter encore et encore. L’occasion de voir un peu comment tout ceci s’organise, l’école, les champs, les puits (mais d’où vient l’eau douce ?). L’occasion surtout de passer par le petit marché à touristes et d’acheter quelques babioles.
Retour face au soleil couchant qui frôle les arbustes de la savane, plongeant le tout dans un curieux halo brumeux.
On se renseigne sur la suite du voyage.
Tout le monde confirme que le passage des douanes gambiennes, en théorie tout à fait facile, est rendu plus délicat par l’attitude des douaniers qui au mieux demandent quelques billets, au pire en demande beaucoup. De l’avis général, la route de Banjul est plus pénible (alors que sur la carte c’est le chemin le plus court). On nous conseille donc de passer par Kaolack. Coup de chance, un couple de franco-sénégalais avec voiture (en rade à Toubacouta mais censée être réparée) prend cette route le lendemain et est d’accord pour nous accompagner pour un bout de chemin. D’ailleurs, le mec partage son expérience de la Casamance et y va de son récit de prise d’otage (vols, violences, menaces de mort et tout le bazar) par les rebelles. Ca refroidi un peu l’ambiance.

VERS LA CASAMANCE

On se lève tôt et nous repartons avec le couple franco-sénégalais.
La route vers Kaolack est longue, mais après tout on est au Sénégal, et ici, nous rappelle-t-on « il faut avoir du temps, une demi-heure peut signifier une demi-journée ». Il y a les trous dans la route, les raccourcis sur les pistes, les troupeaux de buffles qui passent, les phares qui tombent sans prévenir.
Le couple nous laisse à la gare routière d’où nous embarquons vers Ziguinchor.
Et c’est parti pour 250 kilomètres de transgambienne, soit 6 heures de poussière sous un soleil de plomb. Le plus long, c’est la Gambie. Il y a les postes frontières. Le bac pour traverser le fleuve. Et la route est assez mauvaise alors que côté Casamance, elle est nickel. Il y a aussi mon sac qui a tenté de s’enfuir à la faveur d’une ouverture intempestive du coffre du taxi. Bon, y avait rien de fragile dedans…
Ne pas oublier non plus les douaniers gambiens corrompus (à force d’être prévenus, ça nous a presque paru normal) avec lesquels nous avons visiblement eu de la chance. En tout cas c’est l’avis des passagers du taxi-brousse qui jugent que 1000 FCFA de bakchich par personne et par poste frontière c’est plutôt un bon prix pour des français. D’ailleurs heureusement qu’ils ne demandent pas plus car on commence à être très juste niveau liquide. Il nous reste assez pour arriver à destination mais pas plus…
Avec nous, un sénégalais qui parle avec plein d’expressions italiennes, et pour cause, il vit là bas. C’est un expansif et avec son voisin de taxi-brousse il passe tout le trajet à discuter politique. Et il s’occupe de nous. Nous accompagne parfois quand on va voir les douaniers. Nous pique nos noix de cajou. Tiens à nous amener voir ses potes agronomes italiens qui bossent dans les environs. Et une fois à Ziguinchor nous amène dans un hôtel où il a ses habitudes. Finalement, on arrive tant bien que mal à se débarrasser de ce sénégalo-italien dont je ne savais plus trop quoi penser. A force de sollicitude et d’insistance à nous aider il en devenait presque louche (c’est mon côté parano qui remonte de temps en temps).
Après ça, c’est la soirée boude (il y en a toujours une). La fatigue. La chaleur. Après, il y a des facteurs aggravants, différents selon chacun.
Moi, c’est le paysage sénégalais que nous voyons défiler dès que l’on s’éloigne d’un point d’eau. Du sable, encore du sable. A perte de vue. Avec quelques arbres de ça de là. Même pas un vrai désert. Pour moi c’est pire. Car c’est illusoire. Tout ceci me paraît stérile. C’est sans espoir.
Pour mademoiselle, c’est la présence de l’islam qui s’affiche, c’est l’appel du muezzin à cinq heures du mat’, plein pot, interminable. Ca la fait déprimer. Et encore, dit-elle, chez nous ça finit par un « mieux vaut prier que dormir ! ».

TROIS JOURS EN CASAMANCE

Enfin, c’est le jour de la paye : on trouve une banque où changer de l’argent ! Et puisqu’on y est, on prend les billets pour le bateau du retour le dimanche.
On hésite encore un peu sur l’endroit où aller. Enampore ? Koubalan ? Après une rapide enquête auprès des autochtones, on en conclue que le plus simple d’accès est Oussouye (à une quarantaine de kilomètres, en direction de l’océan) qui, même s’il est le plus éloigné, est un village desservi par une route goudronnée empruntée par tous les 7-places qui vont à Cap Skirring. Nous optons donc pour la facilité. Et on a raison, en une heure on y est.
On arrive à trouver le campement villageois, ou plutôt, un riverain nous y guide au moment où on commençait à se paumer. Un peu comme le Keur Bamboung de Toubacouta, les campements villageois de Casamance sont des structures touristiques (logement, restauration) gérées par les villageois sur un mode vaguement écotouristique. Par exemple, pas d’hôtels mais des cases. D’ailleurs, nous sommes logés dans une curieuse case à étage. Il y a beaucoup d’espace libre entre les pièces, peut être à cause de la fragilité de la structure. C’est assez sombre mais ça a quand même du style. Un peu plus loin quelques ouvriers travaillent à la construction d’une nouvelle case, d’un autre type cette fois (dit à impluvium).
Après la sieste habituelle en attendant la fraîcheur du soir, nous partons à l’aventure le long d’une route qui mène on ne sait où. On se retrouve sur un chemin forestier à zigzaguer entre les palmiers et les anacardiers. C’est agréable. La forêt nous protège du soleil. Un léger vent souffle. Quelques paysans grimpent sur les palmiers pour récolter le vin de palme. Les flamboyants ne sont pas en fleur mais sont majestueux quand même. Les manguiers croulent sous les fruits. Tout va bien.
Le soir, nous constatons que nous sommes les seuls touristes au campement. On pensait pourtant que c’était une destination prisée. On nous explique que c’est pas trop la saison pour les touristes, d’ailleurs, en août ils ont beaucoup d’espagnols, ce qui explique au passage pourquoi certains gamins nous saluent parfois par un "hola !" plutôt que par un "toubab !".
Pour le lendemain, on demande si un guide est dispo pour nous faire faire une petite balade à pieds dans les environs. Bien sûr. On espère secrètement qu’il nous renseignera sur les fromagers, ces trucs mystérieux dont le Routard et le Lonely Planet nous rabattent les oreilles à la moindre occasion.

Flaubert (c’est notre guide) est très bavard. Il nous raconte tout sur tout, et quand il n’y a rien à raconter, il raconte des trucs qui n’ont pas grand chose à voir. Par exemple, il y a son pote Mustapha (guide, lui aussi) et ses touristes qui veulent absolument aller dans le parc naturel de Basse Casamance, qui rappelons-le est miné et donc interdit à la circulation. Une demi-heure de digressions plus tard, il s’arrête de lui-même, alors qu’on ne sait toujours pas si quelqu’un a sauté sur une mine.
Il nous balade dans les petits villages du coin, à travers les champs, expliquant ceci, montrant cela. Rien de transcendant mais très sympathique quand même. On prend notre temps. Et il nous explique ce qu’est un fromager : les arbres énormes avec plein de plis dans le tronc. Ouf.
On finit par la potière du coin qui nous raconte par le menu tous les stades de la fabrication de ses objets. On a même droit à une démonstration en direct et en deux coup de cuillère à pot, elle fait son petit vase. Y a plus qu’à laisser sécher et puis cuire. On se pose là un bon moment. La grand-mère pile le riz, la fille revient de la ville avec quelques bijoux, le pépé se réfugie à l’intérieur de sa case pour chercher le frais… Moi je me concentre sur l’observation d’un petit chat qui fait comme tous les petits chats du monde : il emmerde sa mère en lui sautant sur la queue, il se fait peur en approchant des poules, sautille partout à la moindre occasion et finit par s’endormir dans un coin.
De retour à Oussouye, je tente d’appeler Air Sénégal pour confirmer mon retour. Déjà, il y a eu des modifications dans le système de numérotation téléphonique mais avec l’aide de la population locale, j’arrive à faire le bon numéro. Qui sonne occupé. J’essaierai toute la journée d’appeler mais je n’arriverai jamais à joindre qui que ce soit. Occupé ou absent. Lose. Entre deux coups de téléphone, on s’achète une noix de coco. Une fois rentrés au campement pour la sieste de la mi-journée on tente de la manger et il faudra toute la patience de mademoiselle pour l’éplucher et la casser.
En soirée, on part sur la route qui mène à M’Lomp. Le chemin est très agréable, enfin, pour un piéton car pour un véhicule c’est une autre histoire vu l’état de la route. Bref, d’un côté les rizières, de l’autre la forêt. Pendant la saison des pluies, alors que tout reverdi, ce doit être encore mieux. Là encore, nous sommes confrontés à la gentillesse naturelle des oussouyois : les gens s’arrêtent pour discuter et ceux qu’on a croisés la veille nous salue avec un franc sourire. Ces derniers nous font un peu culpabiliser car ils se souviennent de nos noms alors que nous ne nous rappelons rarement le leur. Tous en tout cas sont très fiers de leur région ("la verdure !") et veulent qu’on reviennent l’année prochaine.
Tant bien que mal, nous tentons de prendre notre rôle de touriste au sérieux en prenant quelques photos histoire de ramener au moins quelques preuves de notre présence dans ce pays.

Même si on est dimanche, on se lève tôt et on va se balader au hasard. A travers les rizières asséchées où broutent paisiblement quelques bovins. Puis on passe par un village et enfin par une forêt où se repose l’éternel problème : comment distinguer un palmier (à huile) d’un cocotier (sachant que le cocotier appartient à la famille des palmiers). C’est bon, je ne dirai plus que le Sénégal est un pays désertique.
Allez, c'est l'heure de rentrer...
Pour prendre la bateau, il faut retourner à Ziguinchor. Contrairement à ce qu’on pensait, les taxis-brousse ne courent pas les rues. Ou alors en étant patient car on ne peut chopper que ceux qui viennent de Cap Skirring et qui sont déjà bien remplis. On attend gentiment sur le bord de la route avec d’autres oubliés des transports et de quelques oisifs en quête de compagnie (ce qui semble répondre à la question de mademoiselle "mais où sont les mecs pendant que les nanas travaillent ?"). Mon voisin de trottoir m’entraîne aux différentes formes de salutation. Kassoumaye / Kassoumaye balé (en diola). Naka nga def / Mangi fi rek (en wolof). Salam aleikoum / Aleikoum salam (en arabe mais compris par tout le monde). Au bout d’un moment on en a marre d’attendre (et on est un peu pris par le temps) et on se paye un taxi. Evidemment, certains petits malins n’attendaient que ça pour nous demander de les prendre avec eux. OK, mais on partage le prix du taxi. Dans ces conditions, ça n’intéresse plus personne et on a le véhicule pour nous tout seuls (ou presque).
A Ziguinchor, j’en profite pour aller dans une agence d’Air Sénégal et (enfin) confirmer mon vol de retour. Chose faite rapidement car la nana de l’agence a une astuce redoutablement efficace : elle appelle ses collègues sur leurs portables persos car sinon, de son aveu même, c’est très difficile de les avoir.
Et nous prenons le bateau. On essaie de passer en douce avec nos gros sacs (un tuyau filé par un sénégalais afin de ne pas avoir à poireauter une éternité à l’arrivée) et ça passe plutôt bien jusqu’à ce que, in extremis, on nous les reprenne. Ce qui nous empêchera de prendre une douche ce jour-là (dommage car ça commence à sentir le fennec quand on enlève les chaussures).
Le bateau est tout nouveau et ça se voit (il fonctionne depuis début mars seulement). On dirait une installation modèle pour IKEA. On est dans une cabine de 8 et ça ressemble vraiment à une maison de poupées avec ses petits lits superposés, ses petits draps de couleurs et sa moquette toute propre.
Le bateau ne va pas bien vite mais c’est pas grave. C’est l’occasion de rattraper son retard dans la lecture des Courrier International et de grignoter des noix de cajou (comme d’hab’).
Le soir venu, le mal de mer commence à se faire sentir chez certains…

RETOUR A DAKAR

Nous arrivons donc à Dakar tôt le matin. Heureusement, l’hôtel où nous comptons déposer nos bagages pour la journée n’est pas loin, aussi, nous faisons tranquillement le chemin en longeant la corniche.
A l’origine, il était question d’aller faire un tour à l’île de Gorée, manque de chance, nous sommes lundi et tout est fermé ce jour là. Comme solution de repli nous optons pour une autre île, à la portée historique moins importante mais qui a le mérite d’être proche de Dakar tout en ayant la réputation d’être plutôt calme. L’île de N’Gor donc. Un coup de taxi (de mieux en mieux négocié) puis de pirogue (l’occasion de se tremper une fois de plus les pieds dans l’eau) et nous voilà sur place. Effectivement, c’est calme et tout petit, mais c’est aussi un peu touristique et surtout fréquenté par les étrangers (on nous informe à ce sujet que France Gall y a une maison). Difficile de squatter une plage (il y en a deux et elles sont toutes petites, marée haute oblige) sans être emmerdés par les loueurs de parasols ou les vendeuses de poissons. On se trouve un coin où se poser côté atlantique (grosses vagues et vent du large en pleine face) et l’on glande tranquillement face à l’immensité océanique. Quelques chiens de l’île viennent nous tenir compagnie.
Quand l’ombre sous laquelle nous étions commence à disparaître, nous bougeons. La journée avance et les marchands de souvenirs sont sortis de leur tanière. Il y a l’aimable vendeur de fringue tellement tranquille, limite timide, qu’on achète sans trop négocier. Il y a le vendeur d’antiquité (enfin, ça c’est ce qu’il dit) tellement baratineur qu’il arrive à nous refiler, après une heure de palabres tout de même, un petit masque en bois. Les négociations ont duré longtemps surtout parce qu’on n’avait plus de sous. Qu’à cela ne tienne, on peut aussi troquer. Bon, ma montre c’était un peu abuser, mais l’écharpe de mademoiselle a changé de mains pour compléter la note.
Après ça, retour en ville où on va squatter le centre culturel français qui a le bon goût d’avoir en son sein un petit coin de verdure dans ce monde brutes. Sur l’un des bancs, un sénégalais épris de culture, ravis de pouvoir discuter avec des français, ingénieurs qui plus est. Poète à ses heures perdues, il fait des élégies glorifiant inventeurs et inventions, faisant même rimer Pasteur et Pathfinder (une sonde envoyée sur Mars).
Le temps est venu de repartir et nous voilà donc à l’aéroport.
Là, tout déraille, ce soir là, sous son aspect inoffensif, l’aéroport cachait un beau bordel. Déjà, pour l’enregistrement, ça se passe mal : sous un prétexte louche (en fait c’est plutôt qu’Air France fait du surbooking), mademoiselle ne peut pas aller au comptoir d’enregistrement, elle ne peut plus partir ! Mieux encore, quand elle veut changer son billet, on lui annonce qu’il n’y a pas de place disponibilités avant une semaine ! Panique. Dans l’urgence on fait des échanges d’affaires entre nos sacs au cas où elle devrait rester quelques jours ici. Moi, je peux partir, j’ai un billet d’une autre compagnie un peu plus tard. Je pars. Elle, attends qu’une éventuelle place se libère dans les vols suivants (ce qui ne semble pas gagné vu que le même bazar règne pour les autres vols). Elle pourra embarquer, quelques heures plus tard. On se retrouve à Paris.