Affichage des articles dont le libellé est Syrie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Syrie. Afficher tous les articles

samedi 30 janvier 2010

Contexte

: Syrie
Quand : du 30 janvier au 9 février 2010
Avec qui : Mademoiselle

Etapes :
- Damas
- Alep
- châteaux de la côte


Depuis la nuit des temps

Depuis la nuit des temps, la loose est la plus fidèle compagne du voyageur. Rappelons nous Ulysse. A peine arrivés à Damas, la loose s'abat sur nous tel un parpaing sur une tartelette aux fraises. Emad vient nous accueillir et le taxi avec lequel il est venu nous attend. Plus précisément, il nous attend un peu plus loin. Comme (je suppose) il y a un monopole de taxi à l'aéroport, les taxis ordinaires se cachent à l'entrée de l'autoroute. Bref, il est 1 heure du mat et nous marchons le long de l'autoroute. Sauf que non. Un flic du coin trouve que les taxis qui poireautent là comme ça au milieu de nulle part c'est pas cool et que pour la sécurité de nos amis les touristes c'est moyen. Bref, il faut aller prendre les vrais taxis de l'aéroport (plus chers). Ca palabre dans tous les sens entre Emad, le flic, le chauffeur de taxi, un autre chauffeur de taxi sorti de nulle part. Comme nous sommes quand même en Syrie, le flic a généralement raison. Bref, retour à la case départ. Et taxi. Jamais pris un taxi aussi neuf. Enfin, je veux dire, par rapport à la Bolivie, au Sénégal ou même à la Syrie, c'est la grande classe. La déesse de la loose est parfois magnanime.

23 octobre 1979

Naissance d'Emad, le copain de Magda qui bosse pour le HCR à Damas. Il s'occupe des réfugiés irakiens. Il s'ennuie un peu à Damas et voudrait retourner au Congo où là c'est un peu plus sportif. Il nous héberge, nous fournis en plans et guides, nous amène au resto, nous indique les coins à visiter, etc... Vraiment très pratique. En général, dans la journée il bosse et le soir on se retrouve, soit chez lui soit dans la vieille ville et on traîne de ça de là en discutant.

705

La grande mosquée de Damas commence à se construire. Six siècles plus tard, Ibn Battûta nous dira C'est la plus sublime mosquée du monde par sa pompe, la plus artistement construite, la plus admirable par sa beauté, sa grâce et sa perfection. On n'en connaît pas une semblable, et l'on n'en trouve pas une seconde qui puisse soutenir la comparaison avec elle. Certes. Ca n'a pas changé. Les arcades sont harmonieuses. Il y a toujours d'étranges mosaïques (représentant paysages et jardins, un thème plutôt inhabituel dans ce genre de lieu) sur certains murs. Dans la longue salle de prières, il y a le tombeau Saint Jean-Baptiste. Peut-être quelques chrétiens viennent-ils prier là eux aussi. Le soleil illumine les lieux et incite à rêvasser.
Autre avantage non négligeable à mon sens, c'est la bonne humeur et la simplicité qui y règne. C'est un lieu de prière, mais c'est aussi un lieu de vie, où les gens viennent discuter et où on voit des gamins courir partout. Les dalles de l'esplanade sont si lisses qu'y faire des glissades est le sport préféré des enfants du quartier. Il n'y a pas de partie de foot mais c'est tout juste. Je ne crois pas voir vu ça en Turquie ou en Egypte. Seule ombre au tableau, Mademoiselle a dû enfiler un niqab beige qui la couvre de la tête aux pieds et qui la transforme un peu en sac à patates. Mais bon...
Dans un coin cependant, il y a un endroit plus spécifiquement chiite. Un léger retour en arrière s'impose. Ainsi, le....

24 janvier 661

Le calife Ali est assassiné par des musulmans dissidents devant la mosquée de Koufa. Ce qui provoqua la scission chiites / sunnites. Les chiites aiment bien Ali mais aussi ses fils, Hussein et Hassan (s’il vous plait, prononcez les ‘h’, ils sont pas là pour la déco). D’ailleurs, la tête de Hussein est à Damas, dans la partie est de la grande mosquée. Enfin, j'ai pas bien compris car le crâne est aussi supposé être au Caire. Tandis que le reste du corps est à Nadjaf (Irak). Passons. Une salle (avec chauffage par le sol !) où les gens viennent se recueillir en silence. Caresser un bout de mur, nettoyer le reliquaire (avec un tissu vert), méditer, etc... Il s’agit donc d’un important lieu de pèlerinage pour les chiites. Y en a pas beaucoup en Syrie, ce sont surtout de iraniens qui font le déplacement. Et c'est vraiment pas pour rigoler. Ils vont aussi visiter la mosquée où serait enterrée Saida Zeynab, la fille d'Ali. Dans la banlieue sud de Damas. Au milieu d'un quartier chiites où sont venus s'installer de nombreux réfugiés irakiens. On se promène un peu en attendant la fin de la prière pendant laquelle il nous semble inopportun de débarquer. Dans les ruelles environnantes des vendeurs de bondieuseries, genre drapeaux verts où sont brodés les portraits d'Ali / Hussein / Hassan qui ont plus une dégaine de boys band que de sages religieux, disques de prières au rythme assez syncopé, limite martial... La mosquée en elle même est assez récente. Dôme en or et céramiques bleues partout. Là aussi plein de pèlerins iraniens, irakiens ou pakistanais. La ferveur est manifeste et l'émotion des visiteurs est grande. C'est limite gênant d'être là. On fait profil bas, on se pose dans un coin de l'esplanade et on observe les gens. Il y a ceux qui prient (et chantent) dans la structure centrale (où nous on a pas le droit d'entrer), il y a ceux qui font des tours en se frappant (gentiment) le torse, il y a ceux qui prennent en photos les tombes illustres, il y a les religieux à turban... Dans un coin, une cérémonie funéraire avec un cercueil qui navigue au-dessus de la foule.

Février 1957

Première édition de la coupe d’Afrique des Nations (c'est du foot). Et déjà, à l’époque, c’est l’Egypte qui gagne. Et en 2010, les Pharaons se sont de nouveau mis en tête de gagner. C'est ainsi que nous nous retrouvons dimanche soir dans un café à regarder la finale Egypte / Ghana. Tout expatland est là (ben oui, c'est un café où il y a de la bière). Et tout le monde est pour l'Egypte.
Quand (enfin) les égyptiens marquent, c'est la liesse générale et les gars qui s'occupent des shishas applaudissent avec leur pince à charbon. Les gens félicitent Emad et les jours qui suivront, le simple énoncé de sa nationalité lui vaudra des mabrouks chaleureux de la part des syriens.

12 août 1821

Inauguration de l’université de Buenos Aires. Dans cette université, un département histoire, dans ce département, une section archéologie, dans cette section un jeune professeur barbu qui prend en photo tout ce qu’il peut dans le jardin du musée national de Damas où sont dispersées diverses statues et mosaïques. Ce gars parle à 200 à l’heure, et avec son accent argentin à couper à la hache c’est pas toujours évident de suivre. Néanmoins, nous apprendrons que Messi n’est pas apprécié par les argentins qui préfèrent Maradona. Que les saoudiens ont financé une grosses mosquée à Buenos Aires avec pleins de Coran bilingues arabes / espagnol. Que prof d’archéologie moyen-orientale à la fac de Buenos Aires (et d’Entre Rios) n’est pas un job qui rapporte (on s’en serait douté…). Qu’il a plus appris l’arabe en un mois à Damas qu’en deux ans de cours en Argentine. Qu’il se souviens à peine de ses cours de français de quand il était petit (genre « Marie, a, un, petit, chat »). Bref, il est d’un enthousiasme débordant et semble réaliser un rêve de gosse en venant en Syrie pour faire le tour de tous les sites archéologiques du pays (et Dieu sait s’il y en a). Et il a bien raison d'avoir la patate car ce qu'on trouve ici est très intéressant. On ne va pas faire l'inventaire du musée car il y a trop de choses, mais outre le plus vieil alphabet du monde qui fait la fierté du lieu, on trouve une synagogue (déplacée et remontée depuis son désert natal) toute peinte telle une immense bande dessinée, un mausolée romain sculpté avec un luxe de détail, certaines peintures qui font dire à Mademoiselle que les japonais n'ont rien inventé, que le manga existait depuis longtemps, et puis à l'entrée du musée, une statue de Mari (plus de 4000 ans donc), nain de jardin géant tout sourire aux yeux exorbités tel un junky béat des temps antiques.

10 décembre 1896

Ce jour là, Alfred Nobel meurt. Et depuis, chaque 10 décembre on décerne des prix aux bienfaiteurs de l'Humanité. Quelqu'un à Damas mérite un prix. Si ce n'est pas celui de la paix, ce sera celui des "idées simples mais géniales qu'étaient pas gagnées d'avance mais que ça a marché quand même et c'est la classe". Dans la vieille ville, dans les entrelacs de ruelles étroites et encombrées, circulent beaucoup de mobylettes. Oui, mais des mobylettes électriques ! Et c'est dingue de constater à quel point ça change tout. Le silence...

106 après JC

La ville de Bosra devient la capitale de la province romaine d’Arabie créée par Trajan. Deux milles ans plus tard, Bosra est un petit bled pas loin de la frontière jordanienne que tout le monde aurait ignoré s'il n'y avait pas des ruines de l'Empire. Notamment un théâtre. Le théâtre de Bosra est, comme disent ceux qui veulent faire plus jeunes qu’ils ne le sont, un truc de ouf. Voire même un truc de guedin. Mais vraiment. Un des mieux conservé du monde. Immense. Les guides touristiques ne sont même pas d'accord sur sa capacité. 6000 places, peut être 10000. Tout est là, les sièges, les escaliers, les colonnes, la scène et son acoustique au top, les couloirs labyrinthiques... S'il a si bien tenu le coup c'est peut être aussi car le bâtiment à été reconverti en citadelle. Donc des murs renforcés, encore plus de coursives, des remparts, des douves... Bref, c'est du solide et on peut parier que dans 2000 ans il aura pas bougé d'un poil.
Ce qu'il y a de bien dans cet édifice c'est qu'avant d'arriver au théâtre il faut se perdre dans les couloirs sombres et gigantesques, tourner en rond, monter, descendre, et puis, au détour d'une allée, paf, le théâtre se dévoile, niché entre de hauts murs, sa présence en serait presque incongrue. Là comme au Krak, le bâtiment semble plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. On s'assoit en haut des gradins et on essaie de motiver les autres touristes qui passent sur la scène pour qu'ils nous fassent un petit numéro de chant ou autre, histoire de tester l'acoustique. Peine perdue, on a beau applaudir, quand ils entrent en scène, rien ne se passe, les gens n'osent pas, ou ne comprennent pas. Tant pis.
On croise quand même un vieil américain bavard qui se vante d'avoir mis un pied tous les pays du monde. Même la Corée du Nord. C'est son boulot : guide pour touristes. Encore un gars qui a beaucoup à raconter. En vrac : en Arabie Saoudite les gens conduisent hyper mal ; son oncle chez qui il était envoyé tous les étés quand il était petit était un russe en exil qui faisait chauffeur de taxi à Asnières (c'est donc pour ça qu'il parle français et connaît Paris comme sa poche) ; c'est la quatrième fois qu'il vient à Bosra en trente ans ; c'est le seul résident de l'hôtel (de luxe) du village, etc... Sympa.
A part la citadelle-théâtre, il y a les restes de la vieille ville. Au milieu du village, entre les maisons et les troupeaux de moutons, des allées de colonnes, des restes de cathédrales ou de thermes. Ici les ruines ont encore une utilité, ne serait-ce que pour les gamins qui grimpent sur les remparts ou jouent au foot contre les vieilles bâtisses à moitié écroulées.

1862

A Chicago, George Pullman crée la Pullman Palace Car Company et par abus de langage, dans tout un tas de pays les moyens de transport longue distance ont pris le nom de Pullman dans le langage courant. En Syrie aussi. Les gros bus on appelle ça des Pullman. Les mini bus on appelle ça des Services. Me demandez pas pourquoi. Parce que ça rend vachement service ? C'est vrai que c'est pratique et pas cher. Jamais vu un pays où les transports sont si peu chers. A force de les fréquenter, on a pu y constater certains usages concernant la répartition des passagers. Donc le Service est un van d'une douzaine de places. On ne met pas une femme à côté d'un homme inconnu. En cas de couples, la femme se met au fond de la banquette et le mari côté couloir, jamais l'inverse. Les personnes âgées ont bien sûr droit à des places plus confortables. A côté du chauffeur ne sont tolérables que les vrais gars du coin. Ce qui fait qu'à chaque nouveau passager il faut parfois jouer aux chaises musicales pour respecter la bienséance. J'avoue qu'au début je faisais pas gaffe et que Mademoiselle se retrouvait parfois à côté d'autres hommes que moi ! A la longue on prend le pli local.
Les bus urbains de Damas, eux, n'ont, à ma connaissance, aucun surnom. Par contre, sachez que le bus numéro 13 passe devant chez Emad dès 6h15, quand les rues sont encore désertes et qu'il commence à neiger (oui, vous avez bien lu). Et qu'il va en direction de la gare. Car il y a quelques lignes de trains. Les esprits attentifs seront allés visiter la gare du centre ville toute en plafond sculpté, couloirs à l'ambiance feutrée. Mais aujourd’hui elle n'est plus utilisée et pour prendre le train il faut aller un peu plus loin. On a pris le train vers Alep. Jeu : comment repérer une égyptienne dans un train syrien ? Fastoche : c'est la seule qui se marre en regardant le vieux films égyptiens qui passent (oui, dans les trains syriens, c'est comme dans les avions, y a des télés au milieu qui passent des films).

7 décembre 1888

John Boyd Dunlop dépose le brevet de ce qui deviendra le pneu. Bien plus tard, à Alep, les hôtels pas chers conseillés par le Guide du Routard sont dans le souk des pneus. C'est pas d'un glamour absolu mais c'est près de la vieille ville et c'est tranquille. Et c'est reposant car personne dans la rue n'essaiera de vous vendre quoi que ce soit. C'est vrai qu'à Alep plus qu'ailleurs on est des touristes. Je veux dire : à Damas par exemple, quand on se ballade dans la rue on est des passants comme les autres. A Alep, on est un peu des touristes à qui on peut éventuellement vendre quelque chose. Bon, c'est très discret hein, on est pas harcelé non plus. Mais ça fait bizarre. Bref, les hôtels à Alep. Un peu conservateurs tout de même. Car Mademoiselle est quand même arabe et si elle est pas mariée, il n'est pas permis qu'elle dorme avec un homme. Le premier hôtel qu'on croise n'est pas très chaud pour nous donner une chambre. Il nous conseille d'aller chez son collègue d'en face. Après un tout petit peu de discussion, celui-ci accepte mais tient à préciser que si on nous pose des questions, moi je suis censé dormir dans le dortoir des mecs.

Vers 459

Saint Siméon (dit le stylite) meurt après avoir vécu pendant 40 ans de manière quelque peu ascétique au sommet de sa colonne dans les collines du nord d’Alep. Forcément, après un tel exploit, les gens se sont sentis un peu obligé de construire une énorme basilique autour de la colonne. Pour y aller, prendre un mini bus jusqu'à Daret Azzeh. Et continuer à pied sur cinq kilomètres ou se faire prendre en stop par un kurde qui est d'humeur bavarde. Il vous lâchera devant la seule colline couverte de cyprès. C'est là.
Nous voici face à des ruines. Il ne reste que des pans de murs, plein d'arcades, quelques remparts... Comme toujours en Syrie, le temps semble ne pas avoir les mêmes effets dévastateurs qu'ailleurs dans le monde et ces bâtiments de 1500 ans ont l'air en pleine forme. OK, il en manque des morceaux, c'est parfois un peu une pagaille de colonne écroulées, l'herbe envahi tout, mais bon, ces énormes blocs de pierres semblent là chez elles, immuables, et à jamais. Assez impressionnant mine de rien. Et puis l'emplacement est sympathique. Un peu en surplomb, quelques arbres, la plaine austère autour et les montagnes turques enneigées au loin. Alors qu'ici le ciel est d'un bleu bien bleu. Et nous arrivons assez tôt pour éviter les autocars de touristes (qui ne doivent pas être légion mais sait-on jamais...).
Pour encourager les gens à pousser un peu plus leur visite du coin, un organisme suisse a balisé un chemin de randonnée qui travers quelques villages antiques abandonnés (j’imagine bien un suisse demander au Département Fédéral des Affaires Etrangères une subvention pour baliser des randos dans la campagne syrienne). On a donc décidé d'en faire un bout, jusqu'à un gros bourg où il sera plus facile de récupérer un mini bus pour Alep. Disons une dizaine de kilomètres. Quand on raconte ça au jeune canadien qui visite aussi l'église en ruine, il nous souhaite bien du courage et parait tout à coup content d'avoir payé pour un taxi perso depuis Alep. Encore un qui a un programme chargé. Genre le lendemain, d'Alep, il va à Apamée, puis au Krak des chevaliers et retour vers Damas. Ca fait pas mal de route ça quand même non ? Non, ben non, au Canada, les distances on est habitué, la Syrie c'est rien à côté. Certes. Bref. Après un modeste déjeuner à base d'amandes / noix de cajou / abricots secs à l'ombre des oliviers, nous entamons la route. En traversant un village on voit sur une paroi rocheuse quelques sculptures romaines. Comme ça, l'air de rien au bord de la route. Comme des tags millénaires auxquels plus personne ne prête attention. Très vite le chemin est assez ardu. En fait, parler de chemin est peut être un peu exagéré. Il s'agit surtout de grimper la montagne dans la caillasse. On ne croise bien évidemment personne à part quelques vaches perdues en train de grignoter les maigres touffes d'herbe.
Nous arrivons finalement au sommet, bien moins intéressant que la montée. Genre une antenne de télé, quelques pelleteuses qui pellettent. Et puis une petite route qui emmène les familles du coin prendre le thé ou en pique nique dans la verdure, loin de l'agitation de la ville. C'est vendredi, c'est congé pour tout le monde. Des bosquets d'orangers s'échappent des discussions et des bruits de cavalcades de gamins.

1979

Un projet d'autoroute entre Alep et Lattaquié existe depuis 1979. Autoroute qui aurait du être achevée en 1985. En 2010, elle n'est toujours pas terminée, ce qui oblige le gros du trafic entre ces deux villes à passer par Homs. Ce qui fait un sacré détour. Donc là on peut se poser la question : c'est parce qu'ils sont mauvais en travaux publics ou par volonté politique d'isoler les uns (Alep (parce qu'il y a des kurdes ?) et Lattaquié (parce qu'il y a des alaouites ?)) au profit des autres (Damas et Homs) ? Bon, soyons honnêtes, les travaux avancent. Et même, parfois, une voiture file sur l'asphalte désert de l'autoroute fantôme. Bref, tout ça pour dire que pour l'instant la route entre Alep et Lattaquié et pas très grosse, qu'elle traverse quelques menues montagnes, avec plein de virages, et qu'en bus, ça rend Mademoiselle malade.
Ca, c'est de la bonne journée galère. Levé à 4h30 du mat pour prendre le train, or va savoir pourquoi le train était bien plein, donc direction la gare routière et attente dans le froid (car, qu'on se le dise, à Alep au mois de février à 6 heures du mat', il fait un froid de gueux), puis bus dans la montagne.
Autant dire qu'une fois à Lattaquié, Mademoiselle n'en menait pas large. Bon, pas de panique, on se trouve un parc, on achète des trucs à grignoter, bref, on se pose gentiment et on récupère.

Janvier 1188

Saladin continue d’aligner les succès militaires et s’empare du château qui portera son nom (entre autres nombreuses choses qui porteront son nom). Soyons honnête, c'est un bel exploit. Résumons : la citadelle est posée sur un éperon rocheux avec une falaise au sud, une falaise au nord, du vide à l'ouest et à l'est comme c'était un peu trop accessible, un fossé d'une vingtaine de mètres a été creusé à même la roche sur toute la longueur du bâtiment. Comme un cañon (difficile d'imaginer que ce truc n'est pas naturel). Et bien sûr des remparts partout et des tours bien massives bourrées de meurtrières et autres trucs pour massacrer les assaillants. Hélas, son point faible c'est que c'est trop grand. Cinq hectares c'est beaucoup pour un château et Saladin a fini par trouver un coin où la pente n'était que de 200% pour attaquer.
Bref...
De nos jours il ne reste plus grand chose en état. A part la tour centrale. Imposante. C'est pas de l'architecture arabe hein, c'est carré, massif, lourd, c'est du solide. Ca peut faire penser à La Tour de Schuitten. Sinon, le reste c'est un peu comme la citadelle d'Alep, un terrain de jeux un peu déglingué et bouffé par les herbes folles. Il y a aussi, cachée dans un recoin, un citerne immense (et on se demande bien comment les gens se débrouillaient pour la remplir) avec un écho exceptionnel. Du genre à passer une éternité à crier, chanter, parler, imaginer les concerts qu'on pourrait y faire ou les films d'actions qu'on pourrait y tourner.
Il fait beau, on est un peu claqué, c'est donc l'heure de la sieste au soleil sur un bout de rempart. C'est sûr que dans ces conditions il faut pas s'étonner de mettre trois plus de temps à visiter les sites que les autres touristes. Et encore une fois, on fait la fermeture. Vraiment : le gardien ferme la lourde porte du château derrière nous.

Un des grands charmes de ce site, c'est son environnement. Dans la colline. Il y a bien un village dans un peu plus loin mais il reste à distance et n'interfère pas dans le paysage. Pas de grosse route, la voie menant au château est tellement pentues que pas grand monde ne s'y risque et je pense que les autocars de tourisme ne peuvent arriver jusque là. Et comme la mer n'est pas loin, le climat est clément. Ne restent donc que le silence et les collines couvertes de pins, d'oliviers ou d'orangers. En contrebas, un ruisseau à l'onde pure. La classe quoi.
Dans ces conditions, il est difficile de résister à l'envie de faire une balade. Le lendemain, malgré le timing serré, on se lève tôt et nous errons entre les vallées minuscules (mais encaissées), les forêts, quelques champs, les troupeaux de moutons au loin, la citadelle en ligne de mire. On improvise et pourtant on arrive à faire une boucle. On ne croise personne. Il fait beau. Génial.

12 avril 1271

C'est au tour du Krak des Chevaliers de changer de mains, cette fois par Baybars, sultan mamelouk qui avait de la suite dans les idées. Malgré son nom ridicule, ce château est le site le plus fameux du pays. Au passage, krak dérive du syriaque et signifie forteresse. Oui, en arabe ça ressemble aussi. قلعة. Par rapport à la citadelle d'Alep, ou le château de Saladin, le Krak possède un avantage indéniable : sa troisième dimension. Quand les autres sont à moitié en ruine, celui-ci est comme neuf ou presque. Il ne reste pas que les murailles mais aussi les plafonds. Et les étages au dessus des plafonds. Nous sommes donc face à un immense labyrinthe en 3D, bien plus grand à l'intérieur qu'il ne semble vu de l'extérieur. Plusieurs lignes de remparts imprenables (avec douves). Des tours par paquets de douze. Un nombre invraisemblable de salles toutes plus vastes et massives les unes que les autres. Tout ça relié par des couloirs dans tous les sens. Le tout sur deux, trois, quatre, voire cinq étages. Et au milieu, pour casser un peu le côté monolithique de la construction, quelques pièces avec ogives et arcades donnant sur la cour intérieure. A moins d'y passer la journée et d'opérer de manière très rigoureuse, il est humainement impossible de passer par toutes les pièces de l'édifice. Bref, un casse-tête architectural et un château pour fous. La prochaine fois qu'on y va, il faudra penser à prendre une lampe de poche afin d'explorer quelques escaliers qui descendaient vers des abîmes mystérieux...

21 décembre, tous les ans

Dans l’hémisphère nord, c’est le début de l’hiver. Il fait froid et les touristes se font rares. Au Krak, comme pour Saladin, nous trouvons un hôtel avec vue sur le château. Comme pour Saladin, l'hôtel est en rénovation et est vide. Comme pour Saladin, la nuit ça caille et on doit aller récupérer des couvertures supplémentaires.

20 mars 2003

Enième guerre en Irak. Et qui dit guerre dit réfugiés. Y a ceux qui veulent aller en Suède, ça c'est Emad qui s'en occupe. Et y a les autres qui, faute d'autres solutions, restent en Syrie. Par exemple, le serveur du mat3m proche du château de Saladin. On est les seuls clients dont il en profite pour discuter (entre autre de la guerre et de l'éternelle question avec laquelle on gonfle tout le monde : la répartition chiites / sunnites dans les pays de la région). Enfin, discuter avec Mademoiselle, parce que moi je comprends pas grand chose. Disons que je me concentre sur la bouffe. Et c'est vrai que dans ce pays on mange bien. Je vais être tatillon et dire que la Turquie est quand même la plus forte. Mais la Syrie se débrouille bien. Même si, à force, les purées d'aubergine et les grillades c'est un peu répétitif. A Alep, on avait fait un resto sympa où on allait directement à la cuisine choisir ce qu'on voulait.

16 novembre 1945

Création de l'Unesco. En Syrie, sont classés à l'Unesco : Bosra, les châteaux du Krak et de Saladin, Palmyre, et les vielles villes de Damas et Alep dont on n'a pas parlé jusqu'ici.
La vieille ville de Damas est très sympa. On pourrait y errer pendant des heures. Et c'est un peu ce qu'on a fait même si au final on n'a pas visité grand chose. Juste la mosquée. Mais c'est un quartier essentiellement piéton et c'est agréable d'y marcher. On y trouve des restes d'à peu près toutes les époques depuis les romains et de toutes les tendances (avec un quartier chrétien en prime). Le souk, avec ses rues couvertes, est sympa même s'il est un peu trop propre et trop ordonné. N'empêche que les vrais gens semblent faire leurs achats ici donc on peut pas vraiment accuser le coin d'être un attrape touriste (enfin... pas uniquement). Sinon, en fouinant, ou si on est avec quelqu'un qui connait, on peut trouver, au détour d'une ruelle qui ne paie pas de mine des maisons très belles. Depuis la rue on ne voit rien de spécial, un bête mur, mais une fois à l'intérieur, on trouve un patio, décorations ottomanes, une fontaine qui glougloute, et avec un peu de chance des arbres fruitiers. Un havre de paix. Emad nous a trouvé un chouette resto dans l'une de ces maisons. Et, comment dire... c'est le bonheur...
La vielle ville d'Alep, c'est un peu pareil. On y a moins traîné. Juste le temps d'aller faire un tour à la citadelle qui surplombe la ville. Etrange site. Au milieu de la ville un haut promontoire surplombe les alentours. Autour, on peut supposer qu'il y avait des douves, ou en tout cas un glacis qui ne donne pas beaucoup de chances aux assaillants. On y accède par un pont qui franchi une imposante entrée fortifiée. L'intérieur, là encore est un dédale de ruines où l'on aime à se perdre. Un mini théâtre, des thermes, des fortifications bien évidement... Contrairement aux autres sites archéologiques qu'on a fait, là, il y a du monde. Beaucoup de syriens en fait. Peut être est-ce une sortie traditionnelle des familles d'Alep. En rentrant à l'hôtel, on a quand même pris le temps de traîner un peu dans les petites rues (où l'on a croisé des moutons) et dans le souk (où l'on a acheté des amandes). Perso, le souk, je préfère celui de Damas. Et, euh... en fait je préfère celui d'Istanbul.

10 juillet 2000

Bachar el-Assad renonce définitivement à ses ambitions d’ophtalmologue pour devenir président de la Syrie. Ainsi donc la Syrie est une bonne dictature à l’ancienne avec des vrais morceaux de militaires dedans. La meilleure façon de s’en convaincre est tout simplement de se balader dans les rues. Partout, des posters du big boss. Dans les magasins, les voitures, sur les façades d’immeubles, de ça de là, des portraits divers. Il y a plusieurs versions. Celle protectrice avec un beau sourire et un regard bienveillant. Celle familiale avec papa Hafez et/ou les amis de la famille (Hezbollah ou Iran). Celle martiale avec treillis et ray ban de tueur à gage. Y a le choix et y en a partout. A croire que le peuple l’aime. D’ailleurs il parait que les syriens n’osent pas dire du mal de leur cher leader. Ils disent « monsieur le président ».
Allez, pour la route, une petite blague que tout le monde connaît mais que personne ne raconte. Alors c’est les services secrets syriens qui veulent espionner Israël (qui d’autre ?). Il choisissent un gamin qu’ils vont entraîner, des années durant, à être un vrai israélien, à tout connaître du judaïsme, à pouvoir se fondre parfaitement dans la population du voisin honni. Une fois la gamin devenu adulte et jugeant que l’entraînement a été satisfaisant, il est envoyé en Israël où il décide, afin d’être en contact direct avec a population, d’être chauffeur de taxi. Une heure après, il est arrêté par la police israélienne. Il avait mis dans son taxi un portrait de Bachar el-Assad.
Je vous jure qu’après quelques jours passés en Syrie cette blague est très drôle.

14 février 2010

De retour à Paris. Il fait froid. Les corbeaux ne s’envolent pas et leurs stridulations retentissent comme les cris d'âmes rejetées du monde d'en-bas par on ne sait quel accroc dans la trame des choses. (oui, je lisais Méridien de sang dans l'avion...)