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dimanche 1 mars 2009

Contexte

: Espagne
Quand : du 26 au 31 mars 2009
Avec qui : Mademoiselle

Etapes :
- Madrid
- Ségovie
- la Sierra Guadarrama

Ana habite en plein centre de Madrid

Ana habite en plein centre de Madrid. C’est récent. L’appart porte encore les stigmates de travaux récents (peinture pas finie, un centimètre de poussière sur la plante verte du salon…). Ca ne l’empêche pas d’inviter des amis de boulot à manger. Et de nous inviter aussi par la même occasion puisque nous sommes là aujourd’hui. Quand y en a pour cinq, y en a pour sept. Avec Fabrice, ils forment un couple parfait : elle sert le vin, il découpe le jamón. Un travail pour lequel, pauvre petit français inexpérimenté qu’il est, il faut de la patience. Surtout qu’il doit se sentir un peu seul face à ses invités espagnols qui parlent politique. Oui, car de ce que j’ai compris, Ana et ses amis travaillent au gouvernement. C’est pas toujours facile de suivre quand ils discutent comme par exemple lorsqu'on nous explique pourquoi le PSOE ne gagnera pas à Valence de sitôt. La gauche espagnole n’aime pas les Fallas, et ça, nous explique-t-on, ça lui fait perdre beaucoup de points. OK, certes, pourquoi pas, nous ça nous parle pas trop. De toute façon, on ne traîne pas trop car on commence à fatiguer. Parce que bon on s’est quand même tapé le boulevard Raspail à cinq heures du mat’ à pieds pour chopper le premier orlybus. Pourtant, nous avions mis à profit notre début d’après midi pour faire la sieste au Retiro, le grand parc de Madrid. Vautrés dans l’herbe, mi-ombre, mi-soleil. Après ça, et comme il faut bien se cultiver de temps en temps, nous sommes allés au Prado juste à côté dire bonjour à Goya et ses amis.Il faut aimer la peinture religieuse. Y a que ça ou presque. Des Saint Jérôme, des Annonciations, des Christ sanguinolents… Heureusement que des fois ça délire bien avec Bosch (ici on dit Bosco). Son jardin des délices est décidément inépuisable. C’est l’occasion de voir aussi tous ces tableaux avec lesquels les profs d’espagnol aiment ennuyer leurs élèves. Les Ménines, je le voyais pas aussi grand. Et les Greco ont une légère teinte verdâtre. Mais sont mieux en vrai que sur les vieux bouquins du collège.

La proprio de la pension Aragón

La proprio de la pension Aragón n’est pas forcément d’un abord très convivial. Petite, allure stricte, avec une voix de petite fille, rigide sur certains points (la douche : pas plus de six minutes). Mais au fond elle m’est sympathique. Bref, c'est là que nous logeons le deuxième soir. Nous sommes à Ségovie. Segovia, bande d’incultes, est une petite ville sise au nord-ouest de Madrid et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour cause d’aqueduc romain en parfait état, de cathédrale baroque, d’alcazar orgueilleux, et de vieille ville moyenâgeuse aux rues tortueuses pleines de vieux bâtiments. Au fond, nous ne sommes pas là par hasard. Ce matin là, à Madrid, nous avons arpenté tous les offices du tourisme qui croisaient notre chemin afin de déterminer où il serait judicieux de poursuivre notre court séjour. Nos recherches nous ont même conduit jusqu’à une quelconque émanation du ministère de l’environnement où nous discutons balades avec un gars dont on n’est pas sûr que ce bien le rôle de renseigner les touristes mais qui l’a fait avec plein de bonne volonté. En fait, le souci c’est que les communautés autonomes espagnoles sont un peu hermétiques. L’office du tourisme madrilène ne sait pas trop ce qui se passe à Ségovie (en Castilla-y-León). Et inversement. Bref, suivant le bon vieux principe du « on y va et verra bien sur place » nous prenons le train. Jusqu’à Ségovie donc. Et la pension Aragón. D’ailleurs, on ne se mouche pas du coude, cette pension est en plein centre. La chambre est grande. Pour parfumer la pièce, des moitiés de citrons sont sur la table de nuit. Le balcon donne directement sur la place principale. Oui mais justement, le balcon, faut faire gaffe, ne pas y étendre ses chaussettes sales car (l’Unesco, tout ça) nous sommes au milieu de monuments historiques de la hispanidad. Et y faut pas déconner avec ça. La police rôde et veille à ce que le paysage ne soit pas dégradé par un touriste inconscient. Et c’est vrai que le côté historique de la pension est nettement perceptible : le plancher n’est pas plat. Ce vieux bâtiment est tordu de partout et ça peut faire bizarre quand on se lève le matin cette impression que le sol se dérobe sous nos pieds. Le problème avec les villes historiques comme celle-là c’est justement qu’elles attirent du monde. Et cette semaine là, va savoir pourquoi, les rues sont envahies par de collégiens français. Plein. Partout. L’horreur. Heureusement, il n’y a pas qu’eux dans les rues. Le soir venu, les segovianos profitent des rues piétonnes pour balader, et surveiller leurs gamins qui courent dans tous les sens, après un ballon ou une petite voiture. C’est toujours bien les quartiers piétons.

La nana de l’office du tourisme de Rascafría

La nana de l’office du tourisme de Rascafría trouve que nous n'avons pas l'accent français. Je ne sais pas quel degré de crédibilité il faut accorder à cette assertion. Elle vient d'Orléans mais ça ne l’empêche pas de continuer à nous parler en espagnol. Comme tous ses confrères et consœurs, elle ne connaît que son coin et n’a pas de cartes de la région. On commence à les connaître les offices du tourisme. Si on commence à demander un renseignement sur quelque chose distant de plus de 50 mètres, c’est pas la peine d’espérer une réponse. C’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’il y en a plein dans le coin. Mais ça ne les empêche pas d’être accueillant et richement pourvu en prospectus divers (je tiens d’ailleurs à m’excuser auprès de la forêt amazonienne pour tous les papiers inutiles qu’on y a pris). Ca nous aura au moins permis ce jour là de faire une petite balade en forêt. A quelques kilomètres de Ségovie, le plateau castillan, sec et ras, fait place à la montagne, ses forêts de chênes et de pins, ses petits ruisseaux. Nous voilà donc en pleine nature. On se perd très vite certes, mais bon, c’est sympathique quand même. Et puis, nous sommes là pour ça. Prendre l’air. Nous n’avons pas fui Madrid aussi vite pour rien. Ainsi, nous continuons paisiblement notre route (on a loué une voiture à Ségovie). Nous traversons la montagne. Au col, un sérieux brouillard fait son apparition. La neige est là. Par terre et dans les airs. Le temps se gâte. C’est pas grave, on a le temps. Et ainsi jusqu’à Rascafría, village coincé entre deux montagnes et un monastère. Nous nous y installons, et, entre deux périodes neigeuses (grêleuse serait plus juste), nous explorons le village et nous trouvons, enfin, ce qui nous est en général indispensable : une carte du coin avec les balades ! Une vraie carte, avec échelle satisfaisante, les GR, les lignes de niveaux, et tout et tout. Joie et bonheur. Les chaussures de randos vont chauffer. La sierra Guadarrama n’a qu’à bien se tenir.

Chez Conchí

Chez Conchí (je suppose qu’il s’agit du diminutif de Conchita) les serveuses s’amusent bien avec nous, pauvres touristes qui ne saisissons pas toutes les subtilités du menu. Surtout que Mademoiselle s’est mise en tête de bosser son espagnol et demande des explications sur TOUS les plats. Par exemple, on bute sur morcillas. Qu’à cela ne tienne, on va téléphoner à la frangine de la patronne qui maîtrise bien l’anglais. Donc, morcillas = black pudding. Super, ça nous avance bien ça. Bon, comme je suis un aventurier, je commande ma tortilla d’épinards et morcillas. C’est bon. Avec une petite sauce au fromage. Il faut bien ça après la balade d’aujourd’hui dans la sierra. Une bonne grosse montée vers un col, mais au final relativement facile car le plus souvent, nous marchons le long d’un chemin forestier. Aucun risque de se perdre. Heureusement parce que le balisage n’est présent que là où il est inutile. On grimpe donc. On ne croise personne. Pique-nique face à la vallée. Les forêts de sapins succèdent aux forêts de chênes. La neige se fait de plus en plus présente. Jusqu’à ce qu’il n’y plus rien que du blanc. Sur le chemin qui disparaît peu à peu, des traces de pas, mais dans un seul sens, venant du col. Mystérieux. A ce point, l’avancée se fait plus difficile. D’autant que plus l’heure avance, plus le ciel s’assombrit de nuages menaçants. Difficile de dire s’ils viennent vers nous mais ceux-ci ne nous disent rien qui vaillent. Si c’est pour se payer de la grêle comme la veille, mieux vaut redescendre. Nous ne nous attardons pas à admirer le paysage. Pendant le retour, effectivement, la neige fait son apparition. Légère. Discrète. Silencieuse. De petits points blancs qui se promènent dans l’air. Comme si une usine de polystyrène avait explosé non loin de là. Et malgré tout, du soleil.

Les randonneurs du lundi

Les randonneurs du lundi que l’on croise au col de Navafría sont bien équipés, eux. Ils savent que si on continue à monter comme nous le faisons, il va vite faire froid. Oui car comme il a été dit, nous sommes au col de Navafría. Avec fría dedans. Fría. Du latin frigidus. Froid. Qu’il n’y ait pas d’ambiguïtés sur les termes. Ils nous encouragent quand même à prendre le même chemin qu’eux jusqu’à un sommet. C’est parti. Sous les arbres dans un premier temps. Petit à petit, l’altitude augmente, et la neige est de plus en plus épaisse. La forêt laisse place à un désert glacé balayé par les vents dont ne profitent que quelques rares oiseaux de proies planant vers on ne sait où. Les sapins encore présents transformés en statues de glace. Comme la veille et l’avant veille, à la mi-journée, les nuages apparaissent. Vu la situation, il vaut peut-être mieux ne pas s’attarder. Nous faisons une croix sur le sommet pourtant tout proche et amorçons la descente par le chemin de la frontière. En fait nous sommes pile poil entre les provinces de Madrid et de Castille, jalonnée de bornes, de petits forts en ruines. Les randonneurs espagnols nous indiquent le chemin. Il n’y a qu’à suivre les piquets. Le long de la ligne de crêtes. S’il n’y avait le froid et l’horizon bouché par les nuages, la vue serait fantastique. Nous regagnons donc fissa la voiture et reprenons la route. Quelques biches aperçues au détour d’un virage. Nous rentrons tranquillement vers Ségovie. En attendant le soir, nous faisons un tour dans la cathédrale, imposant édifice, garni de chapelles aux décors plus ou moins délirants avec leurs dorures finement ciselées et leurs christs agonisants. Pour se reposer de ces ornementations un peu lourdes, on trouve quand même un sympathique cloître, et dans le musée, quelques tapisseries flamandes qui paraissent comme neuves malgré leur demi-millénaire d’existence. Il est quand même à noter que le respect dû au sacré n’est plus ce qu’il était. On a pu observer un peu plus tard, en flânant dans la ville, une petite fille et sa mère, raquette à la main, faire une paume contre le mur d’une église. Elles s’amusaient bien. Après ça, on a rendez-vous au ciné pour un festival court métrages. Comme dans toute sélection, y en a des biens et des moins biens. Et des où ça parle beaucoup et très vite et donc auxquels on ne comprend rien. Dans l’ensemble, c’était bien. Mais là où ça s’est gâté, c’est qu’en sortant, on n’a pas trouvé de restos ouverts ! Et la réputation qu’on les espagnols de manger tard ? Peut-être que le lundi c’est relâche. Bref, je me suis contenté de noix de cajou et d’une pomme dans la chambre de la pension. Bouh…

Le pilote

Le pilote du vol Air Europa UX 1002 doit s’ennuyer ferme dans sa cabine car il aime bien discuter et nous informer des détails du vol. Que cela se sache, venant de Madrid, la piste 06 d’Orly (ouest) est très bien et favorise une descente rapide. Merci. Fin du voyage et d’une longue journée. Journée qui commence avec un bon petit dej histoire de ne pas tourner de l’œil. Et puis bon, on décide prendre notre temps et si nous nous dirigeons vers l’imposant alcazar de la vieille ville, ce n’est pas pour le visiter mais pour y faire une petite sieste, sur les remparts, face au soleil. Alcazar, envahi comme il se doit de scolaires français et espagnols. Ca fait un peu chier mais il va falloir partir. Comme on n’est pas certains des trains à prendre, on se pointe à la gare pas trop tard. Tout va bien, un train passe bientôt et la vendeuse de billets est pleine de bonne volonté pour nous trouver des billets à pas cher malgré les bugs de l’informatique dédiée à cette tache. Qu’à cela ne tienne, on aura des billets enfants. Non mais. Et hop, retour à Madrid. Comme nous avons quelques heures à tuer avant l’avion, on va traîner en ville. C’est là qu’un petit malin essaie de faire les poches de mon sac à dos en même temps que je marche. Certes, il a du potentiel, je ne me suis pas rendu compte tout de suite de sa présence, mais il manque un peu de jugeotte, ce n’était pas l’endroit à fouiller en priorité, au mieux, il aurait récupéré des chaussettes sales. Bref, agaçant mais inoffensif. Pour se remettre de ces émotions, on va faire un tour au Retiro. Et on traînasse face à la verdure. Avant de repartir, on se ravitaille dans un petit resto à touristes pas cher et basique mais qui propose des quantités plutôt impressionnantes. Impossible de finir. Pendant ce temps là, le patron et les serveuses regardent la télé et dissertent à propos d’émissions de télé-réalités et de je ne sais quelle telenovela. Et voilà… Dernier truc, en faisant la queue à Orly pour la douane (oui, je sais, Madrid, l’Europe, tout ça, on devrait pas passer de douane, mais il y avait le sommet de l’OTAN quelques jours plus tard, donc sécurité renforcée), donc, en faisant la queue, je remarque que ma carte d’identité expire dans deux heures.